COMMUNIQUé
- Mercredi 14 février 2007 -
Association de Lutte contre le Sida :ACT-UP
ARNAUD MARTY-LAVAUZELLE EST MORT DU SIDA : NOUS SOMMES
EN DEUIL
Arnaud Marty-Lavauzelle, Président de l’association
AIDES de 1991 à 1998, est mort du sida dans la nuit du
lundi 12 au mardi 13 février.
Nous connaissions bien Arnaud : il était notre
partenaire, notre compagnon de lutte et notre ami. Son
inlassable engagement a beaucoup contribué à l’avancée
de nos luttes communes, en particulier dans la prise en
compte des questions liées à l’épidémie de sida par la
société et par les politiques. Arnaud a contribué à
faire de notre slogan « Silence = Mort » le sceau de
notre lutte, en se déclarant publiquement, le premier
en tant que Président de AIDES, homosexuel et
séropositif, proclamant ainsi qu’on ne pouvait
lutter efficacement contre le sida et la stigmatisation
qui frappait et frappe toujours les séropositifs et les
malades sans leur donner un visage, reconnaître leur
existence et leur place dans la société. C’est ainsi
qu’il a notamment incarné, aux côtés de Clews Vellay,
Président d’Act Up-Paris de 1992 à 1994, avec qui il
avait fondé Ensemble contre le sida (devenu Sidaction)
la visibilité des malades du sida et de l’épidémie lors
de la première émission télévisée de l’association, en
1994.
Pionnier de la solidarité avec les malades des pays en
développement, Arnaud a été l’un des premiers militants
français à se battre en faveur de l’accès universel aux
traitements, dans un contexte où certains ne
considéraient pas encore cette question comme
prioritaire. Si nous avons pu connaître des désaccords,
ils ont toujours été une grande source de
richesse et ne nous ont jamais empêché de poursuivre un
dialogue constructif entre nous.
La disparition d’Arnaud, qui nous affecte profondément,
vient une nouvelle fois rappeler qu’aujourd’hui, malgré
les avancées thérapeutiques majeures de ces dernières
années, les séropositifs et les malades meurent du sida.
Nous transmettons nos pensées les plus amicales et les
plus chaleureuses au compagnon d’Arnaud, Hugo, à ses
proches et à tous les militants de AIDES avec qui nous
poursuivons notre combat contre l’épidémie.
We love you. We miss you. Keep fighting !
Contact : Hugues Fischer 06 15 01 61 73 / Emmanuel
Château 06 82 28 27 33
**Tasse de
Thé, Site Lesbien s'associe à cet hommage.
Qu'est-ce que
la MONOGAMIE ?par Dr Tan Chong Kee
Source Fridae.com
-17/10/2006
"Ayant
été définie comme : "pratique d'avoir un compagnon ou une
compagne unique durant une période donnée", la Monogamie est
un concept passionnément discuté au sein de la communauté
Gay et, dans la pratique peut être employée comme repère
d'engagement et/ou de moralité. La Monogamie est un
terme générique. C'est une construction patriarcale pour
certains, et la base des rapports pour d'autres. Quelques
hommes Gays pensent que monogamie et homosexualité sont des
opposés polaires. Tandis que pour quelques lesbiennes, ces
deux mots sont pratiquement synonymes. Quelques activistes
Queer disent que monogamie est un legs employé par des
homophobes pour infirmer la culture Gay. Pour d'autres, une
chasteté permettant d'érotiser en ajoutant une serrure à
leurs portes privées et en ne donnant la clef qu'à leur
amoureux. En Amérique, la violation du code de la monogamie
peut mener un citoyen moyen au divorce, ou à faire face à
l'accusation. Avec combien de personnes couchons-nous ? La
belle affaire !" (Photo
Dr Tan Chong Kee)
La Monogamie a des significations tout à fait différentes
dans les sociétés Homosexuelles ou Hétérosexuelle. Dans la
société Gay, monogamie signifie habituellement la fidélité sexuelle à son
ou sa petite amie. Dans la société Hétéro, il signifie que chaque
homme peut seulement épouser une femme - le mariage de deux ou
bigamie étant illégal dans beaucoup de pays. La définition
hétérosexuelle de monogamie, à proprement parler, n'a pas besoin
d'inclure la fidélité sexuelle... La définition la plus extrême
de monogamie nous vient de l'église chrétienne, où l'on s'attend à
ce que chaque personne s'abstienne de sexe jusqu'au mariage, et
qu'ensuite soit liée alors "jusqu'à ce que la mort les sépare". Ceci
signifie que la définition de l'église de monogamie inclue de faire
l'amour avec seulement une personne dans votre existence terrestre
entière (et économiquement, seulement pour produire des enfants,
jamais pour le plaisir).
La plupart des animaux ne sont pas monogames, même lorsqu'ils
forment une paire permanente. Les scientifiques ont constaté que la
progéniture de beaucoup d'animaux censément monogames ont des gènes
de tiers. Et n'oubliez pas de leur dire qu'à ce sujet il y a des
lézards lesbiens et des pingouins gay dans la Nature aussi, mais ne
nous écartons pas du sujet...
Descendant la rue de Castro (San Francisco) l'autre jour, j'ai
vu un type porter un t-shirt qui a indiqué "Petit ami de :
(à compléter)" Quand une question apparaît sur un t-shirt serré
dans la capitale la plus gay du monde, vous pouvez être sûrs que
c'est la question brûlante de la société gay d'aujourd'hui. Ainsi,
comment un homme gay définirait "petit ami ?" Quelqu'un avec qui il
a dormi plus de trois fois ? Un homme qu'il voit toujours après
trois semaines ? Quelqu'un avec qui il est monogame pendant
plus de trois mois ? Sans plaisanter, avec les avances du
mariage Gay partout dans le monde, la monogamie Gay devient un
dossier à prendre très au sérieux, car c'est seulement une question
de temps...
avant que les hommes Gay commencent à se poursuivre en divorce
devant un tribunal pour des raisons d'infidélité !
Comme un réalisateur de dessins animés dit : -"légalisez le mariage
Gay et laissez-les souffrir comme nous."
Il est difficile d'écrire monogamie sans sourire et/ou n'y voir
qu'un terme seul de morale. Mais étant un auteur généralement
sérieux, je veux présenter un point positif sur le sujet. Le monde
se trompe en pensant qu'être monogame est de bonne morale .
Vous pouvez décider, par un acte de volonté d' être fidèle à votre
partenaire. Cela ne signifie pas que le désir pour le sexe avec
d'autres n'est plus là. Vous pouvez faire du démenti du désir la
base de votre rapport : si nous nous aimons assez, nous nous
retiendrons. Mais quel genre d'amour est-il de toute façon si vous
devez mettre en cage l'énergie sexuelle de chacun ? Pensez-vous
vraiment se mettant en cage vous ferez-vous l'amour davantage ?
La Monogamie n'est ni morale ni immorale. Elle est quelque chose
tout à fait différent. La Monogamie est un indicateur de rapport.
J'expliquerai ce que cela signifie: -" J'ai un couples Gay
d'amis ici à San Francisco qui sont ensembles depuis 14 années. Ils
finissent par se connaître de plus en plus, l'amour et la dévotion
entre eux se développent aussi bien. Ils connaissent le corps de
chacun tellement intimement que de plus en plus, le sexe avec des
étrangers juste ne peut pas être comparé à leur l'intimité et à la
compatibilité sexuelle qu'ils partagent. Par la suite, sans essayer
délibérément d'être monogames, ils se rendent compte qu'ils
préfèrent le sexe ensemble qu'avec n'importe qui d'autre. Quand il
n'y a aucun excédent d'inquiétude morale, la monogamie devient
un indicateur que le rapport fonctionne.
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retour voir
aussi : SexualitéLesbiSanté
!
Dommage
le Dr Tan Chong Kee arrête-là son propos sur le choix d'un
partenaire unique... car malgré tout le courage d'avoir
abordé avec humour et clairvoyance un sujet aussi
impopulaire chez nos Amis les Gays... J'ose penser qu'il a
pu imaginer, d'un point de vue anthropologique, que la
plupart des sociétés ayant existé jusqu'en 2006 a eu le
temps d'avoir été confrontée à ce paradoxe de la monogamie
avant lui ! (et si certaines ont choisi la polygamie, le
terme s'appliquant à un homme capable de posséder et d'asservir
plusieurs épouses... ne sera pas retenu ici :))
Bien qu'une réflexion urgente s'impose sur la vie, la durée et la
pertinence de tel ou tels modèles de sociétés qui apparaissent
passablement obsolètes, cette réflexion n'a pas grand
chose à voir avec le sujet du multipartenariat érigé en mode de vie
par le désir au masculin pour la plupart, pas tous.
Question posée :- "L'amour physique est-il vraiment
sans issue ? "(cf.Gainsbourg)
ou 2 personnes peuvent-elles rester ensemble toute une vie ?
L'application de la monogamie ne devient à l'ordre du jour
que lorsque ces 2 personnes souhaitent vivrent ensemble (bien sûr
que cela est un indicateur de sentiment amoureux, que celui-ci est
donc préférentiel et sélectif ...) en tant que
"couple légal", sensé investir et construire ensemble, protéger
et éduquer sa progéniture s'il y a lieu, avec son chien, son chat ou
son poisson rouge... .
Le Mariage,
le droit conjugal, ne vont-ils pas dans ce sens ? Et
n'est-ce pas pour cela que nous nous battons ???
Car si le couple homosexuel qui jusqu'à présent n'avait pas droit
au chapitre, pourra peut-être entrer dans un schéma familial
identique au couple hétérosexuel (vivement 2007 !), Il
me paraît difficile de mener de front notre combat pour l'égalité
totale et immédiate de nos droits avec celui de faire sa crise
révolutionnaire d'explosion de la cellule familiale avec de vrais
morceaux de 1968 dedans :Des vertus de
l'orgasme
Hormis morale et religion, dans la pratique, choisir le multi-partenariat,
alimente fortement le climat de défiance...
du partenaire
resté seul à la maison, avec le ménage et les enfants à garder !
chantal
delatorre, 12/11/2006 Tasse de Thé
Act Up : Démission de
Didier Lestradel'un
des cofondateurs d'Act Up Paris, a annoncé hier sa démission de
l'association ComingOut10.juin.2004
<queer>
Il reproche à
celle-ci de ne pas avoir pris la mesure de la reprise de l'épidémie
de sida chez les gays et d'avoir laissé se développer le phénomène
du bareback*en France. Cette décision était prévisible à la lecture
de son dernier livre "The end" dans lequel il critiquait sévèrement Act Up pour ces motifs.
Lestrade a annoncé son intention de créer une nouvelle structure de
prévention, un collectif. Il édite déjà The Warning, une lettre
d'information électronique sur la prévention.
Relâchement dans la prévention, reprise de la contamination :
Lestrade n'a jamais cessé de harceler la communauté gay avec ces
thèmes, jusqu'à l'obsession. Son intransigeance lui a valu de
l'hostilité et a fatigué bon nombre d'acteurs de prévention. Figées
dans un véritable "intégrisme" de la prévention et du safe sex, ses
positions sont allées crescendo jusqu'à une attitude coercitive. Ainsi il a lancé, il y a quelques jours un appel public au Conseil
National du Sida pour qu'il se prononce sur le relapse et le
bareback. La démission d'un des fondateurs historiques d'Act Up est aussi un
signe supplémentaire de la déliquescence du groupe né au cœur de la
première épidémie de sida. Lestrade a raison d'observer qu'Act Up
n'a pas permis de donner un coup d'arrêt au bareback. Avec sa
stratégie entièrement centrée sur la communication, mêlant
radicalité, provocation et agressivité, Act Up a imprimé une image
intransigeante dans la conscience collective, mais a échoué à
transformer les comportements.
D'abord perçu avec sympathie par la communauté gay, le groupe s'est
discrédité par un discours culpabilisant et violent auprès des
homosexuels. Il n'est plus, depuis des années, qu'un groupe de
pression auprès des autorités sanitaires et politiques. Et ce,
notamment, par la fascination qu'il continue d'exercer sur les
médias et les intellectuels toujours en quête d'une radicalité
politique nouvelle qu'Act Up s'est fait fort d'incarner maintenant
son "label" au fil des années malgré des troupes de plus en plus
réduites.
Didier
LESTRADE
- Pour son dernier
livre "The End"
(Editions Denoël) 2004 Didier LESTRADE, ancien président fondateur d'ACT-UP Paris,
journaliste, écrivain publie un pamphlet sans appel sur une
communauté homosexuelle qui battrait de l'aile.
L'auteur, observateur engagé et passionné de la cause homosexuelle
et de la lutte contre le SIDA, dénonce avec virulence le silence
des représentants de la communauté gaie et lesbienne face aux
phénomènes du "relapse" et du "bareback".
Didier LESTRADE dénonce l'irresponsabilité des promoteurs du* "bareback"
qui abandonnent la capote pour baiser sans entrave. Leur but étant
de jouer avec une possible contamination qui d'abord fantasmée
devient réalité pour certains des adeptes de cette nouvelle forme de
suicide. Obnubilé par le développement de ces pratiques
sexuelles mortifères, raconte une époque où le sida s'est converti
en maladie chronique grâce aux trithérapies.
20 années de lutte contre le SIDA avaient fait des homosexuels des
modèles en matière de mobilisation et de prévention; 20 années qui
seraient actuellement remises en cause par l'inconscience de
certains. Après toutes ces campagnes de prévention, alors que chacun
devrait savoir comment se prémunir du fléau, contamination du sida
par voie sexuelle est de nouveau en hausse, et trop de gens semblent
s'en foutre. Certains jugeront le livre alarmiste, d'autres le
trouveront pessimiste mais il ne s'agit que d'une colère légitime
qui masque l'affection et l'attachement que porte Didier LESTRADE à
sa "communauté".
Il s'agit probablement d'une des contributions les plus importantes
sur la prévention du VIH chez les gays depuis le milieu des années
90.
Une sorte de pamphlet d'un homme inquiet pour l'avenir et qui se
désespère de l'apathie très actuelle de ses contemporains; au
passage, brutal comme il peut être dans l'attaque, il se fera bien
des ennemis. On aime beaucoup ou on déteste Didier LESTRADE mais
tous ceux qui le liront reconnaîtront ce beau sentiment qui fait sa
force : la rage de vivre."
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retour Didier Lestrade: «Le mouvement
queer a existé pour échapper à la détresse du sida.»
Aberration ou aubaine
théorique : que représente selon vous la pensée queer ?
- "Je n’ai jamais eu de préjugé défavorable au moment de l’arrivée
du mouvement. À la fin des années 80, j’ai trouvé positive
l’utilisation de plus en plus courante du mot queer dans le
vocabulaire militant, dans la presse gay oudans le parler quotidien
des homosexuels. Le slogan « We’re here / We’re queer / Get
used to it » était pour moi un statement qui rappelait la nécessitéde
l’affirmation dans le cadre d’une banalisation de l’homosexualité
dans la vie sociale moderne. Certains textes d’Act Up-New York sur
la confrontation entre homosexuels et hétérosexuels étaient, pour
moi, non pas une aberration mais une tendance logique, même si cette
position fut assez épisodique. Je n’ai donc pas vu d’un mauvais
œil la publication de livres et de d’essais sur la question queer
bien que je pense que ce sujet est surtout issu d’une génération
qui n’est pas la mienne.
Les différences entre les contextes politique et culturel français
et états-uniens permettent-elles une importation ou une traduction
dela pensée queer ?
Oui, je le pense. Après tout, si je vois mon engagement dans le sida,
Act Up est la manifestation la plus évidente d’une corrélation
entre la situation politique américaine et européenne. Je suis
souvent exaspéré par l’idée de l’exception française. Au début
d’Act Up, les homosexuels les plus opposés auconcept du
militantisme direct utilisaient cet argument en disant que ce type
d’action ne pouvait pas convenir à la société française.
L’existence et l’impact d’Act Up-Paris, depuis treize ans, est
la preuve irréfutable que ces homosexuels se trompaient lourdement
— et je serai là encore longtemps pour le leur rappeler. La seule
chose qui pose vraiment problème dans l’adaptation de la pensée
queer en France, c’est le manque de structures universitaires et de
relais dans l’édition pour alimenter cette réflexion. Sans ces
bases, la pensée ne peut se développer.
Qu’en est-il selon vous de la possibilité d’une véritable et
durable réception du queer en France ? Pensez-vous en particulier
que, la théorie queer, d’origine anglo-saxonne, ait une pertinence
telle qu’elle puisse surmonter la résistance de certains penseurs
françaisface aux productions théoriques extra-hexagonales ?
Didier Lestrade est co-fondateur d’Act-Up-Paris et journaliste. Ses
livresparus sont Act Up. une histoire (Denoël, 2000) et Kinsey 6.
Journal des années80 (Denoël, 2002).
Il ne fait aucun doute, pour moi, que les idées queer ne seront pas
vraimentacceptées en France. Ce n’est pas une question de
nationalité ou d’origineculturelle. Après tout, les homosexuels
français sont capables d’absorber toutesles idées et les objets de
consommation homosexuels venus de l’étranger. Lesgays voyagent, ils
regardent plus ou moins autour d’eux. Quand une idée leurplait, ils
savent l’adopter. Le seul vrai problème, c’est que la culture
queer est déjà morte aux USA, pour de nombreuses raisons qui
touchent à un mauvaisdéveloppement de cette pensée, un enfermement
pitoyable dans des réseauxuniversitaires finalement assez claniques.
Il serait très étonnant que leshomosexuels français, marqués par
un retard politique catastrophique enmatière d’affirmation, de
coming out, d’engagement, puissent se mobiliser sur des idées
souvent très abstraites quand elles ne traitent pas de l’aspect le
plus facile, c’est-à-dire l’image. Si les Français sont
incapables de réfléchir sérieusement sur le concept de communauté
homosexuelle, si l’idée de l’outing n’a toujours pas été
appliquée, alors le mouvement queer ne possède pas les bases qui lui
permettraient d’évoluer.
Quels usages précis faites-vous de la théorie queer dans votre
domaine de recherche, d’enseignement ou de création ?
Pour moi, le queer fonctionne uniquement en tant que « service ».
Lesquestions d’image, de genre, de reproduction, de subversion intéressent
les gays et les lesbiennes uniquement parce qu’ils sont en bonne
santé. C’est là ma critique définitive de ce mouvement, et
c’est pourquoi je n’ai que très peu de respect pour ce
nombrilisme de privilégiés. Le mouvement queer a existé pour échapper
à la détresse du sida. Les penseurs queer se sont engagés sur ce
sujet pour ne pas s’engager sur le sida. C’est une dérive. L’idée
de survie ne fait paspartie du domaine queer. Si les lesbiennes sont
si présentes dans le domaine queer, c’est parce qu’elle le sont
si peu dans le domaine sida. Le queer n’est qu’un sujet pour
homosexuels nantis, en bonne santé, socialement aisés. Ce type de création
ne m’intéresse pas quand il représente une alternative honteuse au
travail que nous assurons, jour après jour depuis des années, pour
garantir l’information, la survie des millions d’homosexuels qui
vivent, directement ou non, avec le drame du sida.
Pour suppléer aux difficultés d’arrêter une définition du
queer, quel est pour vous le paradigme même (le « comble », si
vousvoulez) de cet état des choses ?
On le sait, le paradigme de l’esprit queer, cette recherche totale
de la liberté, a débouché vers le relapse [relâchement de la
vigilance face auxpratiques à risque. NDLR] et le bareback [idéologie
qui prône la prise de risque et le sexe non protégé. NDLR].
Regardez enfin les choses en face. Si je suis queer, si je veux me
positionner dans la société comme un être unique, alors ma liberté
me mène forcément à une sexualité sans contrainte. Et une sexualité
sans contrainte, dans le cadre d’une épidémie qui touche plus de
42 millions de personnes dans le monde, mène obligatoirement par ma
propre contamination ou la contamination des personnes avec qui je
couche. Le queer, c’est le bareback. Et vous pouvez penser tout ce
que vous voulez, c’est ce qui se passe. Il suffit de regarder la
situation en France : les principaux leaders dumouvement ont tous une
présence, plus ou moins avouée, dans des pratiques sexuelles à
risque. Now, what do you do with a sexual theory that kills people ???
Qu’est-ce qui, en France, aujourd’hui, vous paraît queer ?
Qu’est-ce qui pourrait ou devrait être queerisé ?
Guillaume Dustan est queer, pas de doute là-dessus. Et c’est votre
problème.Le plus grand défenseur du mouvement est le plus grand
criminel de l’homosexualité moderne. [Guillaume Dustan, écrivain
et éditeur, a militépour le bareback. NDLR]
Quelles sont, selon vous, les limites de la pensée queer ?
Elles sont en vous. Si vous croyez que vous pouvez vivre vos vies
sainement, sans engagement dans le sida, cela veut dire, finalement,
que votre intérêt dans la survie des homosexuels qui vous entourent
est très secondaire.Tout est question de priorité. L’idée queer,
quoi que l’on dise, est loin d’être prioritaire."
Notes:
Didier Lestrade
est co-fondateur d’Act-Up-Paris et journaliste.
Ses livres parus
sont Act Up. une histoire (Denoël, 2000) et Kinsey 6. Journal des années
80 (Denoël, 2002).
«Voilà
ce qu’est le sida. Maintenant, allez baiser sans capote » Extraits de Act Up, une histoire de
Didier Lestrade (éditions Denoël)
« Ça commence comme ça : un beau jour, vous faites le
test pour une raison quelconque et il est positif. En une fraction de
seconde, votre vie n’est plus la même. (…) Vous commencez par
faire des bilans. Vous vous habituez à aller à l’hôpital, où
vous n’avez jamais foutu les pieds depuis cette appendicite, un
été en vacances à St Brieuc quand vous aviez treize ans. Dans la
salle d’attente, il y a des malades qui ne rigolent pas et dans la
pièce où vous faites vos prises de sang, l’infirmière qui est en
stage de formation rate trois fois la piqûre (le sang gicle) pendant
qu’un autre malade, à côté, se fait faire une perfusion d’un
produit que vous ne connaissez même pas et qui donne à sa peau cet
aspect brunâtre si particulier. (…)