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DECèS d'ARNAUD MARTY-LAVAUZELLE (AIDES)
Qu'est-ce que la MONOGAMIE ?
La Question QUEER - Didier Lestrade
Entretien assez dur contre le "queer" 

 WARNING http://www.thewarning.info/nous.php3

 Suite 2...
Dominique Fernandez entre à l'Académie française
Pedro Almodovar For Ever !
  Madame H  vous manque ? Ne la manquez pas ..

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COMMUNIQUé  - Mercredi 14 février 2007 - Association de Lutte contre le Sida :ACT-UP
ARNAUD MARTY-LAVAUZELLE EST MORT DU SIDA : NOUS SOMMES EN DEUIL

Arnaud Marty-Lavauzelle, Président de l’association AIDES de 1991 à  1998, est mort du sida dans la nuit du lundi 12 au mardi 13 février.
Nous connaissions bien Arnaud : il était notre partenaire, notre  compagnon de lutte et notre ami. Son inlassable engagement a beaucoup contribué à l’avancée de nos luttes communes, en particulier dans la prise en compte des questions  liées à l’épidémie de sida par la société et par les politiques. Arnaud a contribué à faire de notre slogan « Silence = Mort » le  sceau de notre lutte, en se déclarant publiquement, le premier en   tant que Président de AIDES, homosexuel et séropositif, proclamant  ainsi qu’on ne pouvait lutter efficacement contre le sida et la  stigmatisation qui frappait et frappe toujours les séropositifs et les malades sans leur donner un visage, reconnaître leur existence et leur place dans la société. C’est ainsi qu’il a notamment incarné,  aux côtés de Clews Vellay, Président d’Act Up-Paris de 1992 à 1994,  avec qui il avait fondé Ensemble contre le sida (devenu Sidaction) la  visibilité des malades du sida et de l’épidémie lors de la première  émission télévisée de l’association, en 1994.

Pionnier de la solidarité avec les malades des pays en développement,  Arnaud a été l’un des premiers militants français à se battre en  faveur de l’accès universel aux traitements, dans un contexte où certains ne considéraient pas encore cette question comme prioritaire. Si nous avons pu connaître des désaccords, ils ont toujours été une   grande source de richesse et ne nous ont jamais empêché de poursuivre un dialogue constructif entre nous.

La disparition d’Arnaud, qui nous affecte profondément, vient une nouvelle fois rappeler qu’aujourd’hui, malgré les avancées  thérapeutiques majeures de ces dernières années, les séropositifs et les malades meurent du sida.

Nous transmettons nos pensées les plus amicales et les plus  chaleureuses au compagnon d’Arnaud, Hugo, à ses proches et à tous les militants de AIDES avec qui nous poursuivons notre combat contre  l’épidémie.

We love you. We miss you. Keep fighting !
Contact : Hugues Fischer 06 15 01 61 73 / Emmanuel Château 06 82 28  27 33

**Tasse de Thé, Site Lesbien s'associe à cet hommage.
 
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Qu'est-ce que la MONOGAMIE ?  par Dr Tan Chong Kee  Source Fridae.com -17/10/2006

"Ayant été définie comme : "pratique d'avoir un compagnon ou une compagne unique durant une période donnée", la Monogamie est un concept passionnément discuté au sein de la communauté Gay et, dans la pratique peut être employée comme repère d'engagement et/ou de moralité. La Monogamie est un terme générique. C'est une construction patriarcale pour certains, et la base des rapports pour d'autres. Quelques hommes Gays pensent que monogamie et homosexualité sont des opposés polaires. Tandis que pour quelques lesbiennes, ces deux mots sont pratiquement synonymes. Quelques activistes Queer disent que monogamie est un legs employé par des homophobes pour infirmer la culture Gay. Pour d'autres, une chasteté permettant d'érotiser en ajoutant une serrure à leurs portes privées et en ne donnant la clef qu'à leur amoureux. En Amérique, la violation du code de la monogamie peut mener un citoyen moyen au divorce, ou à faire face à l'accusation. Avec combien de personnes couchons-nous ? La belle affaire !" (Photo Dr Tan Chong Kee)

La Monogamie a des significations tout à fait différentes dans les sociétés Homosexuelles ou Hétérosexuelle. Dans la société Gay, monogamie signifie habituellement la fidélité sexuelle à son ou sa petite amie. Dans la société Hétéro, il signifie que chaque homme peut seulement épouser une femme - le mariage de deux ou  bigamie étant illégal dans beaucoup de pays. La définition hétérosexuelle de monogamie, à proprement parler, n'a pas besoin d'inclure la fidélité sexuelle... La définition la plus extrême de monogamie nous vient de l'église chrétienne, où l'on s'attend à ce que chaque personne s'abstienne de sexe jusqu'au mariage, et qu'ensuite soit liée alors "jusqu'à ce que la mort les sépare".  Ceci signifie que la définition de l'église de monogamie inclue de faire l'amour avec seulement une personne dans votre existence terrestre entière (et économiquement, seulement pour produire des enfants, jamais pour le plaisir).

La plupart des animaux ne sont pas monogames, même lorsqu'ils forment une paire permanente. Les scientifiques ont constaté que la progéniture de beaucoup d'animaux censément monogames ont des gènes de tiers. Et n'oubliez pas de leur dire qu'à ce sujet il y a des lézards lesbiens et des pingouins gay dans la Nature aussi, mais ne nous écartons pas du sujet...

Descendant la rue de Castro (San Francisco)  l'autre jour, j'ai vu un type porter un t-shirt qui a indiqué  "Petit ami de : (à compléter)" Quand une question apparaît sur un t-shirt serré dans la capitale la plus gay du monde, vous pouvez être sûrs que c'est la question brûlante de la société gay d'aujourd'hui. Ainsi, comment un homme gay définirait "petit ami ?" Quelqu'un avec qui il a dormi plus de trois fois ? Un homme qu'il voit toujours après trois semaines ? Quelqu'un avec qui il est monogame pendant plus de trois mois ? Sans plaisanter, avec les avances du  mariage Gay partout dans le monde, la monogamie Gay devient un dossier à prendre très au sérieux, car c'est seulement une question de temps...
avant que les hommes Gay commencent à se poursuivre en divorce devant un tribunal pour des raisons d'infidélité !
Comme un réalisateur de dessins animés dit : -"légalisez le mariage Gay et laissez-les souffrir comme nous."


Il est difficile d'écrire monogamie sans sourire et/ou n'y voir qu'un terme seul de morale. Mais étant un auteur généralement sérieux, je veux présenter un point positif sur le sujet. Le monde se trompe en pensant qu'être  monogame est de bonne morale . Vous pouvez décider, par un acte de volonté d' être fidèle à votre partenaire. Cela ne signifie pas que le désir pour le sexe avec d'autres n'est plus là. Vous pouvez faire du démenti du désir la base de votre rapport : si nous nous aimons assez, nous nous retiendrons. Mais quel genre d'amour est-il de toute façon si vous devez mettre en cage l'énergie sexuelle de chacun ? Pensez-vous vraiment se mettant en cage vous ferez-vous l'amour davantage ?

La Monogamie n'est ni morale ni immorale. Elle est quelque chose tout à fait différent. La Monogamie est un indicateur de rapport. J'expliquerai ce que cela signifie:  -" J'ai un couples Gay d'amis ici à San Francisco qui sont ensembles depuis 14 années. Ils finissent par se connaître de plus en plus, l'amour et la dévotion entre eux se développent aussi bien. Ils connaissent le corps de chacun tellement intimement que de plus en plus, le sexe avec des étrangers juste ne peut pas être comparé à leur l'intimité et à la compatibilité sexuelle qu'ils partagent. Par la suite, sans essayer délibérément d'être monogames, ils se rendent compte qu'ils préfèrent le sexe ensemble qu'avec n'importe qui d'autre. Quand il n'y a aucun excédent d'inquiétude morale, la  monogamie devient un indicateur que le rapport fonctionne.

Cependant le rapport monogame à long terme parmi les hommes Gays est peu commun pour beaucoup de raisons : soit parce que nous pensons trop tôt à être monogames, promettant d'être fidèle dès le début sans créer d'abord un rapport dévoué affectueux. Pour certains, cela pourrait en fait fonctionner, mais pour beaucoup d'autres, ce qui se produit à la place c'est qu'après quelques années, tous les deux commencent à se lasser et à s'intéresser à un extérieur plus passionnant.
La Monogamie n'est alors plus de mise!"
Dr Tan Chong Kee : http://www.fridae.com/newsfeatures/article.php?articleid=1492&viewarticle=1
article en VO :
http://www.fridae.com/newsfeatures/article.php?articleid=1779&viewarticle=1&searchtype=author&textby=Dr%20Tan%20Chong%20Kee

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   voir aussi  : Sexualité  LesbiSanté !

Dommage le Dr Tan Chong Kee arrête-là son propos sur le choix d'un partenaire unique... car malgré tout le courage d'avoir abordé avec humour et clairvoyance un sujet aussi impopulaire chez nos Amis les Gays... J'ose penser qu'il a pu imaginer, d'un point de vue anthropologique, que la plupart des sociétés ayant existé jusqu'en 2006 a eu le temps d'avoir été confrontée à ce paradoxe de la monogamie avant lui ! (et si certaines ont choisi la polygamie, le terme s'appliquant à un homme capable de posséder et d'asservir plusieurs épouses...  ne sera pas retenu ici :))

Bien qu'une réflexion urgente s'impose sur la vie, la durée et la pertinence de tel ou tels modèles de sociétés qui apparaissent passablement  obsolètes, cette réflexion n'a pas grand chose à voir avec le sujet du multipartenariat érigé en mode de vie par le désir au masculin pour la plupart, pas tous.

Question posée :- "L'amour physique est-il vraiment sans issue ? "(cf.Gainsbourg)
ou  2 personnes peuvent-elles rester ensemble toute une vie ?

L'application de la monogamie ne devient à l'ordre du jour que lorsque ces 2 personnes souhaitent vivrent ensemble (bien sûr que cela est un indicateur de sentiment amoureux, que celui-ci est donc préférentiel et sélectif ...)  en tant que "couple légal", sensé investir et construire ensemble, protéger et éduquer sa progéniture s'il y a lieu, avec son chien, son chat ou son poisson rouge... . Le Mariage, le droit conjugal, ne vont-ils pas dans ce sens ? Et n'est-ce pas pour cela que nous nous battons ???

Car si le couple homosexuel qui jusqu'à présent n'avait pas droit au chapitre, pourra peut-être entrer dans un schéma familial identique au couple hétérosexuel (vivement 2007 !),  Il me paraît difficile de mener de front notre combat pour l'égalité totale et immédiate de nos droits avec celui de faire sa crise révolutionnaire d'explosion de la cellule familiale avec de vrais morceaux de 1968 dedans :
Des vertus de l'orgasme   

Hormis morale et religion, dans la pratique,  choisir le multi-partenariat, alimente fortement le climat de défiance...  
du partenaire resté seul à la maison, avec le ménage et les enfants à garder ! chantal delatorre, 12/11/2006 Tasse de Thé
 
 
 
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Act Up : Démission de Didier Lestrade  l'un des cofondateurs d'Act Up Paris, a annoncé hier sa démission de l'association ComingOut10.juin.2004                                 <queer>
Il reproche à celle-ci de ne pas avoir pris la mesure de la reprise de l'épidémie de sida chez les gays et d'avoir laissé se développer le phénomène du bareback* en France. Cette décision était prévisible à la lecture de son dernier livre "The end" dans lequel il critiquait sévèrement Act Up pour ces motifs. Lestrade a annoncé son intention de créer une nouvelle structure de prévention, un collectif. Il édite déjà The Warning, une lettre d'information électronique sur la prévention.

Relâchement dans la prévention, reprise de la contamination : Lestrade n'a jamais cessé de harceler la communauté gay avec ces thèmes, jusqu'à l'obsession. Son intransigeance lui a valu de l'hostilité et a fatigué bon nombre d'acteurs de prévention. Figées dans un véritable "intégrisme" de la prévention et du safe sex, ses positions sont allées crescendo jusqu'à une attitude coercitive.
Ainsi il a lancé, il y a quelques jours un appel public au Conseil National du Sida pour qu'il se prononce sur le relapse et le bareback.
La démission d'un des fondateurs historiques d'Act Up est aussi un signe supplémentaire de la déliquescence du groupe né au cœur de la première épidémie de sida. Lestrade a raison d'observer qu'Act Up n'a pas permis de donner un coup d'arrêt au bareback. Avec sa stratégie entièrement centrée sur la communication, mêlant radicalité, provocation et agressivité, Act Up a imprimé une image intransigeante dans la conscience collective, mais a échoué à transformer les comportements.

D'abord perçu avec sympathie par la communauté gay, le groupe s'est discrédité par un discours culpabilisant et violent auprès des homosexuels. Il n'est plus, depuis des années, qu'un groupe de pression auprès des autorités sanitaires et politiques. Et ce, notamment, par la fascination qu'il continue d'exercer sur les médias et les intellectuels toujours en quête d'une radicalité politique nouvelle qu'Act Up s'est fait fort d'incarner maintenant son "label" au fil des années malgré des troupes de plus en plus réduites.
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The End Denoël 2004

 
"
Act Up , une histoire"
Didier Lestrade Denoël 9
9
Didier LESTRADE  - Pour son dernier livre "The End" (Editions Denoël) 2004
Didier LESTRADE, ancien président fondateur d'ACT-UP Paris, journaliste, écrivain publie un pamphlet sans appel sur une communauté homosexuelle qui battrait de l'aile.
L'auteur, observateur engagé et passionné de la cause homosexuelle et de la lutte contre le SIDA, dénonce avec virulence le silence des représentants de la communauté gaie et lesbienne face aux phénomènes du "relapse" et du "bareback". Didier LESTRADE dénonce l'irresponsabilité des promoteurs du
* "bareback" qui abandonnent la capote pour baiser sans entrave. Leur but étant de jouer avec une possible contamination qui d'abord fantasmée devient réalité pour certains des adeptes de cette nouvelle forme de suicide. Obnubilé par le développement de ces pratiques sexuelles mortifères, raconte une époque où le sida s'est converti en maladie chronique grâce aux trithérapies. 20 années de lutte contre le SIDA avaient fait des homosexuels des modèles en matière de mobilisation et de prévention; 20 années qui seraient actuellement remises en cause par l'inconscience de certains. Après toutes ces campagnes de prévention, alors que chacun devrait savoir comment se prémunir du fléau, contamination du sida par voie sexuelle est de nouveau en hausse, et trop de gens semblent s'en foutre. Certains jugeront le livre alarmiste, d'autres le trouveront pessimiste mais il ne s'agit que d'une colère légitime qui masque l'affection et l'attachement que porte Didier LESTRADE à sa "communauté".
Il s'agit probablement d'une des contributions les plus importantes sur la prévention du VIH chez les gays depuis le milieu des années 90. Une sorte de pamphlet d'un homme inquiet pour l'avenir et qui se désespère de l'apathie très actuelle de ses contemporains; au passage, brutal comme il peut être dans l'attaque, il se fera bien des ennemis. On aime beaucoup ou on déteste Didier LESTRADE mais tous ceux qui le liront reconnaîtront ce beau sentiment qui fait sa force : la rage de vivre."
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Didier Lestrade: «Le mouvement queer a existé pour échapper à la détresse du sida.»
Aberration ou aubaine théorique : que représente selon vous la pensée queer ?

- "Je n’ai jamais eu de préjugé défavorable au moment de l’arrivée du mouvement. À la fin des années 80, j’ai trouvé positive l’utilisation de plus en plus courante du mot queer dans le vocabulaire militant, dans la presse gay oudans le parler quotidien des homosexuels. Le slogan « We’re here / We’re queer / Get used to it » était pour moi un statement qui rappelait la nécessitéde l’affirmation dans le cadre d’une banalisation de l’homosexualité dans la vie sociale moderne. Certains textes d’Act Up-New York sur la confrontation entre homosexuels et hétérosexuels étaient, pour moi, non pas une aberration mais une tendance logique, même si cette position fut assez épisodique. Je n’ai donc pas vu d’un mauvais œil la publication de livres et de d’essais sur la question queer bien que je pense que ce sujet est surtout issu d’une génération qui n’est pas la mienne.

Les différences entre les contextes politique et culturel français et états-uniens permettent-elles une importation ou une traduction dela pensée queer ?

Oui, je le pense. Après tout, si je vois mon engagement dans le sida, Act Up est la manifestation la plus évidente d’une corrélation entre la situation politique américaine et européenne. Je suis souvent exaspéré par l’idée de l’exception française. Au début d’Act Up, les homosexuels les plus opposés auconcept du militantisme direct utilisaient cet argument en disant que ce type d’action ne pouvait pas convenir à la société française. L’existence et l’impact d’Act Up-Paris, depuis treize ans, est la preuve irréfutable que ces homosexuels se trompaient lourdement — et je serai là encore longtemps pour le leur rappeler. La seule chose qui pose vraiment problème dans l’adaptation de la pensée queer en France, c’est le manque de structures universitaires et de relais dans l’édition pour alimenter cette réflexion. Sans ces bases, la pensée ne peut se développer.

Qu’en est-il selon vous de la possibilité d’une véritable et durable réception du queer en France ? Pensez-vous en particulier que, la théorie queer, d’origine anglo-saxonne, ait une pertinence telle qu’elle puisse surmonter la résistance de certains penseurs françaisface aux productions théoriques extra-hexagonales ?

Didier Lestrade est co-fondateur d’Act-Up-Paris et journaliste. Ses livresparus sont Act Up. une histoire (Denoël, 2000) et Kinsey 6. Journal des années80 (Denoël, 2002).
Il ne fait aucun doute, pour moi, que les idées queer ne seront pas vraimentacceptées en France. Ce n’est pas une question de nationalité ou d’origineculturelle. Après tout, les homosexuels français sont capables d’absorber toutesles idées et les objets de consommation homosexuels venus de l’étranger. Lesgays voyagent, ils regardent plus ou moins autour d’eux. Quand une idée leurplait, ils savent l’adopter. Le seul vrai problème, c’est que la culture queer est déjà morte aux USA, pour de nombreuses raisons qui touchent à un mauvaisdéveloppement de cette pensée, un enfermement pitoyable dans des réseauxuniversitaires finalement assez claniques. Il serait très étonnant que leshomosexuels français, marqués par un retard politique catastrophique enmatière d’affirmation, de coming out, d’engagement, puissent se mobiliser sur des idées souvent très abstraites quand elles ne traitent pas de l’aspect le plus facile, c’est-à-dire l’image. Si les Français sont incapables de réfléchir sérieusement sur le concept de communauté homosexuelle, si l’idée de l’outing n’a toujours pas été appliquée, alors le mouvement queer ne possède pas les bases qui lui permettraient d’évoluer.

Quels usages précis faites-vous de la théorie queer dans votre domaine de recherche, d’enseignement ou de création ?

Pour moi, le queer fonctionne uniquement en tant que « service ». Lesquestions d’image, de genre, de reproduction, de subversion intéressent les gays et les lesbiennes uniquement parce qu’ils sont en bonne santé. C’est là ma critique définitive de ce mouvement, et c’est pourquoi je n’ai que très peu de respect pour ce nombrilisme de privilégiés. Le mouvement queer a existé pour échapper à la détresse du sida. Les penseurs queer se sont engagés sur ce sujet pour ne pas s’engager sur le sida. C’est une dérive. L’idée de survie ne fait paspartie du domaine queer. Si les lesbiennes sont si présentes dans le domaine queer, c’est parce qu’elle le sont si peu dans le domaine sida. Le queer n’est qu’un sujet pour homosexuels nantis, en bonne santé, socialement aisés. Ce type de création ne m’intéresse pas quand il représente une alternative honteuse au travail que nous assurons, jour après jour depuis des années, pour garantir l’information, la survie des millions d’homosexuels qui vivent, directement ou non, avec le drame du sida.

Pour suppléer aux difficultés d’arrêter une définition du queer, quel est pour vous le paradigme même (le « comble », si vousvoulez) de cet état des choses ?

On le sait, le paradigme de l’esprit queer, cette recherche totale de la liberté, a débouché vers le relapse [relâchement de la vigilance face auxpratiques à risque. NDLR] et le bareback [idéologie qui prône la prise de risque et le sexe non protégé. NDLR]. Regardez enfin les choses en face. Si je suis queer, si je veux me positionner dans la société comme un être unique, alors ma liberté me mène forcément à une sexualité sans contrainte. Et une sexualité sans contrainte, dans le cadre d’une épidémie qui touche plus de 42 millions de personnes dans le monde, mène obligatoirement par ma propre contamination ou la contamination des personnes avec qui je couche. Le queer, c’est le bareback. Et vous pouvez penser tout ce que vous voulez, c’est ce qui se passe. Il suffit de regarder la situation en France : les principaux leaders dumouvement ont tous une présence, plus ou moins avouée, dans des pratiques sexuelles à risque. Now, what do you do with a sexual theory that kills people ???

Qu’est-ce qui, en France, aujourd’hui, vous paraît queer ? Qu’est-ce qui pourrait ou devrait être queerisé ?

Guillaume Dustan est queer, pas de doute là-dessus. Et c’est votre problème.Le plus grand défenseur du mouvement est le plus grand criminel de l’homosexualité moderne. [Guillaume Dustan, écrivain et éditeur, a militépour le bareback. NDLR]

Quelles sont, selon vous, les limites de la pensée queer ?

Elles sont en vous. Si vous croyez que vous pouvez vivre vos vies sainement, sans engagement dans le sida, cela veut dire, finalement, que votre intérêt dans la survie des homosexuels qui vous entourent est très secondaire.Tout est question de priorité. L’idée queer, quoi que l’on dise, est loin d’être prioritaire."

Sources:
www.ci-philo.asso.fr/pdf/RD40/Compl_Lestrade.pdf
  
Notes:
Didier Lestrade est co-fondateur d’Act-Up-Paris et journaliste. 
Ses livres parus sont Act Up. une histoire (Denoël, 2000) et Kinsey 6. Journal des a
nnées 80 (Denoël, 2002).


«Voilà ce qu’est le sida. Maintenant, allez baiser sans capote »
Extraits de Act Up, une histoire de Didier Lestrade (éditions Denoël)

« Ça commence comme ça : un beau jour, vous faites le test pour une raison quelconque et il est positif. En une fraction de seconde, votre vie n’est plus la même. (…) Vous commencez par faire des bilans. Vous vous habituez à aller à l’hôpital, où vous n’avez jamais foutu les pieds depuis cette appendicite, un été en vacances à St Brieuc quand vous aviez treize ans. Dans la salle d’attente, il y a des malades qui ne rigolent pas et dans la pièce où vous faites vos prises de sang, l’infirmière qui est en stage de formation rate trois fois la piqûre (le sang gicle) pendant qu’un autre malade, à côté, se fait faire une perfusion d’un produit que vous ne connaissez même pas et qui donne à sa peau cet aspect brunâtre si particulier. (…)

Vient de paraître aux Presses Universitaires de France (PUF)
Queer : repenser les identités
sous la direction de Robert Harvey & Pascal Le Brun-Cordier
http://www.puf.com/picts/visuels/info/RueDescartes.html


*vu sur : http://minorites.babozor.net/article.php?IDA=42
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